Compositeurs français contemporains de Louis Vierne
Né à Paris le 17 octobre 1878, Henri Mulet entre très jeune au Conservatoire de Paris. Il obtient en 1893 un Premier Prix de violoncelle, puis suit la classe dharmonie de Pugno et la classe dorgue de Widor où Vierne est suppléant. Il est successivement organiste de l'église Saint-Pierre-de-Montrouge (1897-1901) et de Saint-Phillippe-du-Roule (1911-1936). Il devient parallèlement professeur à la Schola Cantorum et à lEcole Niedermeyer entre 1924 et 1931. En 1937, il part dans le Midi et devient jusquà sa mort en 1967 organiste à la cathédrale de Draguignan.
Luvre de Mulet est avant tout tournée vers lorgue. Hostile à toutes les nouveautés du vingtième siècle, son style reste fortement ancré dans le moule de lorgue symphonique Cavaillé-Coll du dix-neuvième siècle. Son uvre principale reste le receuil les Esquisses Byzantines (1914-1919) que lon joue encore quelques fois eu concert. Mais son uvre la plus célèbre reste le Carillon-Sortie qui est une sorte de toccata digne de celles de Widor, Gigout et Boëllmann. Cest aussi lune des rares uvres que lon peut trouver en disque (Chez EMI, les grandes toccatas pour orgue, ou hcez AEOLUS en complément de l'intégrale des oeuvres pour orgue de Séverac). Henri Mulet fait ainsi partie de cette liste de compositeurs-organistes romantiques mineurs mais qui ont laissé quelques très bonnes et agréables pages de musique. Une belle curiosité.
Henri Constant Gabriel Pierné est né à Metz le 16 août 1863 dune mère professeur de piano et dun père professeur de chant. Sa formation musicale seffectue à Paris auprès de Franck pour lorgue et de Massenet pour la composition, en se concluant brillamment par le Prix de Rome en 1882 (avec sa cantate Edith). Au Conservatoire, il côtoie Debussy avec lequel il restera toujours très lié. A la mort de Franck en 1890, il remplace son maître à la tribune de lorgue de Sainte-Clotilde pendant huit ans avant que Tournemire ne prenne la relève. Car la véritable carrière musicale de Pierné ne seffectuera pas à lorgue mais à la direction dorchestre. Il devient en 1903 adjoint de Colonne à lOrchestre du même nom pour en assurer ensuite la direction seul de 1910 à 1934. Il obtient une grande célébrité comme chef d'orchestre et en profite pour faire jouer les uvres de ses amis. La symphonie de Vierne fut dailleurs créée par Pierné en 1919. En 1924, Pierné est nommé membre de lInstitut et, en 1925, élu membre de lAcadémie des Beaux-Arts. La même année, il est enfin fait Chevalier de la Légion dhonneur. Pierné meurt à Ploujean dans le Finistère le 17 juillet 1937.
Il apparaît aujourdhui comme lun des compositeurs les plus ouverts et les plus complets de sa génération. Sa renommée actuelle est surtout due au succès de son ballet Cydalise et Chèvre-pied et des ses oratorios La Croisade des Enfants et Les Enfants de Béthléem. Il compose aussi de nombreux opéras comiques (Fragonard, Salomé...) et des musiques de scène (On ne badine pas avec lamour). Il laissa aussi quelques uvres concertantes dans un célèbre et splendide Konzertsück pour harpe et orchestre (1903) et un concerto pour piano de jeunesse au souffle romantique visionnaire (1887). Ses uvres pour orgue (Choral, Fugue, Trois pièces) et pour piano (Variations) sont assez peu nombreuses mais dune très grande qualité décriture qui fait regretter que lon ne les entende pas plus souvent en concert. Mais il faut rechercher le meilleur de Pierné dans sa musique de chambre. On sintéressera dabord à sa belle sonate pour violon et piano composée en 1900 en Bretagne (existe aussi dans une version pour flûte). Cest une page agréable et passionnée dans le meilleur sens du terme, le charme mélodique issu de Massenet se fondant à une véritable recherche harmonique et rythmique toute droite issue de Franck. Si cette sonate porte en soi déjà beaucoup de promesses, celles-ci seront tenues en 1917 avec le quintette pour piano et cordes. Ce quintette est, nayons pas peur des mots, un chef-duvre du genre.Le classicisme de Pierné (que lon a souvent comparé à celui de Saint-Saëns) se retrouve intégré dans une recherche de couleur harmonique et rythmique des plus inventives. Le mouvement lent initial se déploie dans un atmosphère tragique très prenante. Le scherzo central apporte une lumière rayonnante et exubérante avant quun final ample et brillant ne conclue une uvre qui mériterait par sa beauté mélodique, ses touches mélancoliques et sa richesse rythmique, une renommée égale aux quintettes de Fauré ! On retiendra enfin la magnifique sonate pour violoncelle et piano de 1919. On y retrouve une musique superbe qui ne fait aucune concession à la facilité. Le caractère franckiste de cette noble sonate est si évident quon pourrait la croire écrite par Franck lui-même par certains endroits.
En conclusion, entre un Massenet, un Franck et un Saint-Saëns, Gabriel Pierné est un compositeur français loin dêtre "mineur" comme l'avait pourtant noté Alma Mahler ! Mais le compositeur dut souffrir tout au long de sa vie, tout comme un certain Gustav, de sa brillante carrière de chef dorchestre.
Joseph-Guy Ropartz (1864-1955)
Joseph-Guy Ropartz naît le 15 juin 1864 à Guingamp en Bretagne. Au Conservatoire de Paris, il est lélève de Dubois et de Massenet pour la composition et de Franck pour lorgue. Il devient par la suite directeur du Conservatoire de Nancy (1894-1919), puis de celui de Strasbourg (1919-1929) où il mène une politique courageuse en opposant aux goûts douteux de lépoque des uvres dune grande qualité quil nhésite pas à programmer plusieurs fois de suite jusqu'à ce que le public apprécie. Breton de naissance et de cur, il revient ensuite en Bretagne. Il meurt dans son manoir de Lanloup en 1955 après avoir été élu en 1949 membre de lInstitut.
Ses talents de compositeur sont aujourdhui injustement négligés. La qualité de son écriture, d'une expression très riche et d'influence bretonne, donne à ses uvres un très grand intérêt. Il écrit dans pratiquement tous les genres. On compte ainsi cinq symphonies pour orchestres. La troisième symphonie avec churs (enregistrée chez EMI avec Michel Plasson et lorchestre de Toulouse) est considérée comme son chef-duvre. Cest en tout cas une uvre magnifique et monumentale que jaime beaucoup écouter. On trouve aussi plusieurs enregistrements chez Timpani : oeuvres pour orchestre, musique de chambre, mélodies avec orchestre, et l'opéra le Pays. On trouve aussi des uvres religieuses toutes aussi intéressantes et séduisantes (chez Naxos, dans la collection patrimoine). Il a de plus écrit six quatuors à cordes dune inspiration très vive (le quatrième quatuor est enregistré chez Timpani). On trouve aussi deux sonates pour violoncelle et piano d'une belle qualité expressive et mélodique et trois sonates pour violon et piano (enregistrées chez Classics). Mais on retiendra surtout ses nombreuses mélodies qui se situent dans la mouvance de Duparc et de Chausson. Les quatre poèmes d'après lIntermezzo de Heine quil traduit et met en musique (avec accompagnement dorchestre ou de piano) comptent parmi les plus belles réussites du genre et sont dignes de figurer à côté du Poème de lamour et de la mer de Chausson et du Voyage d'hiver de Schubert. Il est regrettable quune uvre aussi belle et émouvante soit encore si sous-estimée par les interprètes. Enfin, ses uvres pour orgue ne sont pas très nombreuses. Bien écrites et dune belle expression, elles natteignent pourtant pas lintensité des Quatre Poèmes (dont on retiendra les six pièces). Mais leur influence bretonne leur donne une saveur originale et un charme délicieux. En conclusion, on ne saurait négliger plus longtemps Ropartz, grand compositeur de la trempe dun Chausson. Sa musique romantique, très inspirée et toute droite issue de Franck, a tout pour séduire le public et les critiques
Charles Tournemire (1870-1939)
Charles Tournemire est né le 22 janvier 1870 à Bordeaux et mort à Arcachon le 4 novembre 1939. Cest donc l'exact contemporain de Vierne. Cest aussi comme Vierne lun des plus grands compositeurs français de lépoque. Longtemps restée inconnue, son uvre monumentale est aujourdhui progressivement (re)découverte pour notre plus grand plaisir.
Après des études générales et musicales dans sa ville natale de Bordeaux, Charles Tournemire entre au Conservatoire de Paris dans les classes dharmonie et de piano. Il devient lélève de César Franck dans la classe dorgue en 1889. Franck meurt en 1890, il termine donc sa formation avec Charles-Marie Widor et obtient son premier prix en 1891 (ce qui est un exploit compte tenu de la cabale qui sétait montée contre Widor et ses élèves). Il devient alors organiste de Saint-Nicolas-du-Chardonnet (1897), puis succède en 1898 à Pierné à lorgue de Sainte-Clotilde où il simposera comme lun des plus grands organistes de lépoque (on peut aujourdhui voir dans lentrée de Sainte-Clotilde son médaillon, juste en face de celui de Franck). Il effectue une carrière internationale à travers toute lEurope jusquen 1939. Il est nommé en 1921 professeur de la classe densemble au Conservatoire de Paris. Sa première caractéristique est son catholicisme exalté. Au mysticisme des ses premières uvres symphoniques se succède lidéal franciscain des dernières fresques On retrouve lesthétique de Franck : la musique part des ténèbres pour monter vers la lumière par lutilisation dune progression tonale très symbolique et de thèmes antithétiques. Il veut représenter lhomme qui sélève spirituellement vers Dieu en le glorifiant. Sa deuxième caractéristique est son amour pour la mer et la Bretagne. Sa femme était dorigine bretonne et il possédait une maison sur lîle dOuessant où il passait tous ses étés. Cest aussi la mer qui devait lemporter en 1939 au large dArcachon.
Tournemire a touché à tous les genres. Il en résulte une uvre immense qui comprend huit symphonies pour orchestre dignes de figurer en bonne place parmi celles de Mahler, un opéra sur la légende de Tristan (il relève le défi après le chef-duvre de Wagner. On sait que Vierne, tenté, nosera pas, contrairement à Chausson et son « Roi Arthus »), de la musique chorale (plusieurs vastes oratorios), de la musique de chambre (un quatuor à cordes, une très belle sonate-poème pour violon et piano et un poème pour violoncelle et piano), des mélodies (Sagesse daprès Verlaine), des pièces remarquables pour piano (les douze préludes-poèmes annoncent Olivier Messiaen) et enfin une production gigantesque pour orgue avec luvre de sa vie, lOrgue Mystique, et plusieurs vastes symphonies.
Il faut sarrêter un moment sur ses symphonies. Celles-ci viennent enfin dêtre enregistrées en intégrale et commencent à être jouées en concert (la sixième symphonie a été jouée par lorchestre symphonique de Radio-France au printemps 1998). Ce cycle est comparable par la qualité de lécriture et les moyens mis en jeu à ceux de Malher, de Vaughan Williams, de Sibélius ou de Schostakovitch. Les Français qui regrettent que leur pays ne possède de grands symphonistes (oubliant déjà Berlioz et Magnard) ne peuvent être que comblés avec Tournemire.
La première symphonie dite « Romantique » (1900) est une uvre encore fortement marquée par Franck. Elle est de belle facture, de forme cyclique bien sûr et les thèmes sont très agréables. Cependant on reste plus proche de la Symphonie de Chausson que du Tournemire qui suit. Ce nest quune uvre de jeunesse, mais déjà admirable et dune belle plasticité.
La deuxième symphonie dite « Ouessant » (1909) marque le véritable début du cycle symphonique de Tournemire. Lorchestre est dune très grande richesse, comparable à celui de Gustav Mahler et de Richard Strauss. Il se caractérise par un emploi appuyé des cuivres et des bois, notamment des bois graves. Il est aussi extrêmement chargé en détails de tout genre et les solos sont très nombreux (déjà dans la première symphonie on avait une partie de violon solo très présente). Dailleurs Tournemire avait crié à la « trahison » lors de lexécution à Paris en cette année 1909 de la première symphonie de Mahler. Cette deuxième symphonie est une uvre à la tendance impressionniste. Tournemire décrit son île dOuessant avec une rare poésie. Cest dabord la tempête de la mer et les vagues qui sécrasent sur la côte déchiquetée de lîle dans le vaste premier mouvement marqué par une intensité expressive remarquable. Puis dans le second mouvement, cest la lande bretonne avec un thème dune grande beauté. Et comme chez Tournemire tout doit sélever vers le religieux, un ample choral termine en apothéose cette symphonie. On notera aussi que Tournemire utilise, comme cela sera toujours le cas par la suite, un vaste argument littéraire et philosophique pour illustrer cette symphonie.
La troisième symphonie dite « Moscou » (1913) fait appel pour la première fois à lorgue. Il sagit du souvenir dune tournée dans la capitale russe. On retrouve limpressionnisme discret de la deuxième symphonie. On sattachera surtout au scherzo, modèle du genre par son ingéniosité, et aux « Cloches de Moscou », véritable carillon très proche de la musique répétitive de John Adams ! Une page dune grande beauté sonore et très accessible.
La quatrième symphonie (1912) est la plus courte et la plus originale. Intitulée « Pages Symphoniques », elle est inspirée par la lande bretonne. Construite comme un poème symphonique en cinq mouvements enchaînés, cette symphonie est certainement la plus poétique et la plus mystérieuse. Lorgue y fait une très belle apparition dans la partie centrale. Cest ma symphonie préférée.
La cinquième symphonie (1913) est une véritable symphonie « alpestre ». Après le vaste choral varié et très contrasté du premier mouvement, on trouve une « pastorale » merveilleuse : « toute la poésie de la montagne en ses plus intimes manifestations. Ici, la moindre fleur est un monde, elle chante la gloire de lÉternel. Tout est paix et le cur sémeut aux bruits de la nature » (Tournemire). Le final intitulé « Vers la lumière » conclut en puissance une uvre digne de figurer à côté de la « Symphonie Alpestre » de Strauss datant de la même époque. Cest sûrement la meilleure initiation possible aux symphonies de Tounemire.
La sixième symphonie (1916) est considérée comme son chef-duvre. Cest une uvre de guerre où Tournemire affronte toutes les horreurs du champ de bataille. Cette symphonie gigantesque, tourmentée et violente se termine cependant dans une apothéose baignant dune lumière céleste. Il est clair que plusieurs écoutes sont nécessaires pour saisir toutes les beautés de cette symphonie. Mais dès la première écoute on est saisi par lampleur de la pensée et la force expressive de la musique. Lorchestre est monumental, lorgue magnifiquement utilisé et les churs splendides.
La septième symphonie dite « Les danses de la vie » (1918-1922) prolonge la sixième symphonie. Les churs sont cependant absents de ce vaste ballet de la vie découpé en cinq parties dune vingtaine de minutes chacune (« Danses des temps primitifs », « Danses de la gentilité », « Danses médiévales », « Danses sanglantes », « Danses des temps futures ») . Cest une uvre tout aussi complexe et obscure que la sixième symphonie. Mais là aussi on est impressionné et bouleversé par ce monument musical et artistique.
La huitième symphonie dite « Le triomphe de la mort » (1920-1924) fut écrite à la mémoire de sa femme. Cette uvre étrange possède une atmosphère funèbre ineffable. Il ne sagit pas de larmoiements stériles, mais dune prière vers lau-delà dune grande intensité. On ne peut ressortir indemne de la poésie mystique dune telle uvre. « Jétais dans la vallée... Je pleurais sans fin... Des hautes montagnes me disaient le Ciel et minvitaient aux pensées dEn-Haut... Et me voici, dominant la vallée de larmes... comprenant, du sommet de la montagne, le sens divin de la Douleur, niant à jamais la mort... Je me penche sur ton âme. » (Tournemire)
Ces symphonies, qui connurent pour certaines un beau succès à leur époque, n'étaient de laveu de Tournemire même quune préparation à luvre de sa vie : LOrgue Mystique. Il décide décrire pour chaque office religieux de lannée liturgique (51 en tout) une suite de pièces comprenant à chaque fois lIntroït, lOffertoire, la Communion, lElévation et la Sortie de la messe. Ces pièces font appel aux thèmes grégoriens du jour quelles mettent magnifiquement en valeur. On peut dire sans hésitation que LOrgue Mystique contient les pièces les plus poétiques et les plus belles que lon ait écrites pour lorgue. La poésie mystique des sons est dune recherche extraordinaire, le sentiment religieux dune très haute noblesse et linspiration toujours très vive. Les pièces terminales sapparentent à de vastes fresques qui évitent toujours le côté pompier et sirupeux de maints organistes contemporains. Tournemire invite à la prière et au recueillement. Depuis Bach, nul autre compositeur na mieux réussi à unir la spiritualité avec la musique.
Charles-Marie Widor (1844-1937)
Charles-Marie Widor naît à Lyon le 21 février 1844. Il fait ses études musicales à Bruxelles auprès de Lemmens pour lorgue et Fétis pour la composition (1863). Il inaugure le grand orgue de Notre-Dame de Paris en 1868 et devient en 1869 le suppléant de Camille Saint-Saëns à lorgue de la Madeleine. En 1870, il est nommé organiste provisoire de Saint-Sulpice. Il y restera jusquen 1933 ! Il laissera alors sa place à son ancien élève Marcel Dupré. Il devient en 1890 professeur dorgue au Conservatoire de Paris en remplacement de Franck. Il enseigne avec rigueur la technique instrumentale à ses élèves et crée ainsi lune des écoles dorgue les plus renommées dans le monde. On compte parmi ses élèves les plus illustres Vierne, Tournemire et Dupré. Il prend en 1896 la direction de la classe de composition, place quil occupera jusque en 1927, Alexandre Guilmant le remplaçant à la classe dorgue. Widor est certainement le plus prodigieux organiste de lépoque. Virtuose extraordinaire, sa carrière lemmène dans toute lEurope où il inaugure de nombreux instruments. Il fut aussi membre et secrétaire de lInstitut et secrétaire de lAcadémie des beaux-arts. Il meurt la même année que Vierne le 12 mars 1937.
Widor ne fut pas seulement un virtuose hors norme, il fut aussi un compositeur qui laissa une uvre très abondante et variée : quatre symphonies pour orchestre, plusieurs concertos pour piano et violoncelle (dont une agréable fantaisie pour piano et orchestre), plusieurs ballets (La Korrigane en 1880 et Jeanne dArc en 1890), trois opéras (dont les Pécheurs de la Saint-Jean en 1905), de la musique de chambre (deux quintettes, une suite pour flûte et piano jouée de temps en temps par les flûtistes, deux sonates pour violon et piano, une sonate pour violoncelle et piano, un trio avec piano).
Mais son nom reste aujourdhui lié, comme pour Vierne, à son uvre pour orgue. Il laisse surtout dix symphonies. Si le genre de la symphonie pour orgue fut esquissé par Franck et Liszt, Widor en donne les premières réalisations et en fixe lesprit. Avec ses deux dernières symphonies dites « Gothique » et « Romane » il instaure aussi le genre de la symphonie liturgique qui reprend et développe des thèmes grégoriens. Si luvre de Widor est importante, elle est aussi très inégale. Il se laisse facilement entraîner dans un conformisme ambiant peu propice à la personnalité et à lexpression (comme Saint-Saëns dailleurs). Fort conservateur, il résiste aussi à toutes les avancées musicales et instrumentales du début du vingtième siècle. Cependant, malgré des pièces pompeuses, froides ou mièvres dans le style de lépoque, on trouve plusieurs partitions très belles, inspirées, et toujours dune remarquable construction. Ses cinquième et sixième symphonies pour orgue sont très fréquemment jouées en concert, la toccata extraite de la cinquième étant lun des tubes de lorgue. Jaime aussi tout particulièrement sa troisième symphonie pour orgue et orchestre. La parenté avec la troisième symphonie de Saint-Saëns est patente, mais la copie égale pratiquement loriginal, on ne saurait donc sen priver ! La Messe Solennelle pour churs et deux orgues, très brillante, préfigure celle de Vierne. Bref, Widor mérite notre attention. Il serait donc bienvenu que des interprètes bien inspirés fassent découvrir ses uvres instrumentales (en triant tout de même) : Il y aurait sûrement quelques bonnes surprises, telle que sa troisième symphonie pour orgue et orchestre.