L’œuvre mélodique de Louis Vierne

 

Spleens et détresses op.38 pour soprano et piano

Le choix de Verlaine pour ce recueil n’est pas fortuit. En effet, si les deux artistes ont eu des vies différentes, certaines de leurs œuvres sont très proches de par les sentiments qu'elles expriment (mélancolie noire, tendresse enfantine, désespoir...). Vierne se sentait ainsi très proche des Poèmes Saturniens. Il avait rencontré Verlaine en 1895 à la tribune de St-Sulpice : "le poëte qui n'avait pas dit un mot de tout l'office, s'approcha à la fin et fixa le musicien d'un regard où se lisait le plus complet désespoir. Le compositeur devait s'en souvenir en sélectionnant dix poèmes dont l'extrème désolation faisaient écho à sa propre situation." (Jean-Pierre Mazeirat). Écrit en 1917 en pleine tourmente de la guerre, le recueil des Spleens et Détresses est le plus sombre qui soit sorti de la plume de Vierne. Mais sa noirceur n’enlève rien à sa beauté. Au contraire, ces mélodies possèdent une émotion à fleur de peau qui ne peut que bouleverser ceux qui veulent bien s’y attarder, s'y attacher. Toutes les mélodies furent orchestrées, à l’exception de À une femme dont l’écriture typiquement pianistique ne s'y prête pas.

Dans l’interminable ennui de la plaine. Mélodie très stagnante avec cette descente chromatique si typique de Vierne. Une belle introduction au recueil, on est tout de suite pris par cette atmosphère lancinante et spleenéique. (3’30)

Un grand sommeil noir. Fréquemment mis en musique, ce poème avait aussi servi d’épigraphe à Vierne pour le mouvement lent de sa symphonie pour orchestre. Ici, il l’accompagne par des accords très sobres qui prolongent la mélodie dans son « silence » funèbre. (3’00)

Spleen. Une mélodie au chromatisme intense typique de Vierne, une œuvre étrange à l’atmosphère grise. (3’00)

Promenade sentimentale. Une mélodie un peu plus sensuelle et rêveuse. Elle apporte un peu de "fraîcheur" au recueil. Une très belle page. (4’00)

À une femme. Le chef-d’œuvre du recueil. Des arpèges fulgurants traversent le piano alors que la soprano chante sa « détresse violente » comme une révolte passionnée. Du très bel ouvrage qui prend à la gorge par son intensité dramatique. (2’30)

Sérénade. Écrite comme un scherzo, Vierne s’y montre d’une espièglerie sans pareil. Il imite à merveille la mandoline et lance avec cette mélodie un trait d’humour savoureux. (2’30)

Le son du cor. Une mélodie très raffinée. Chaque élément du poème se trouve représenté d’une manière très discrète mais sublime et d’une grande ingéniosité. Verlaine a trouvé ici son musicien, assurément. Un chef-d’œuvre de la mélodie française. (3’30)

Sapho. Mélodie emportée et rageuse. Bien écrit et agréable, mais sans plus... (2’00)

Les faux beaux jours. Une mélodie à l’atmosphère angoissante très bien rendue. Une œuvre sombre au désespoir poignant. (5’00)

Marine. Cette mélodie est très proche du sixième prélude op.36 pour piano Par gros temps. C’est une toccata houleuse et déchaînée qui clôt d’une manière spectaculaire ce cycle de mélodies. (1’30)

 Cinq poèmes de Baudelaire op.45 pour soprano et piano

Ce cycle de mélodies a été composé à Thonon en 1919, soit deux ans après les Spleens et Détresses. On retrouve la même atmosphère désespérée et spleenéique dans ces poèmes de Baudelaire. Un cycle d’une grande qualité d’écriture, sans surprise pour les quatre premiers poèmes, mais très original dans le cinquième les hiboux.

Recueillement. Une mélodie oppressante et sombre qui fait magnifiquement ressortir le texte. (4’30)

Réversibilité. Mélodie très agitée. On se sent emporté dans cette frénésie de passions douloureuses parties à la recherche de la lumière. (3’00)

Le flambeau vivant. Une lente procession d’une sobriété émouvante. (3’30)

La cloche fêlée. Une mélodie désespérée. La cloche sonne inlassablement alors que la voix prend des allures bouleversantes. Une page magnifique d’une profondeur touchante. (3’30)

Les hiboux. Mélodie totalement délicieuse. Vierne crée ici une atmosphère nocturne unique en son genre. On entend le hululement des hiboux au milieu d’un monde fantasmagorique totalement génial. Voici la meilleure démonstration que Vierne est un grand poète et n’a rien à envier à l’impressionnisme d’un Debussy ! (4’00)

Quatre poèmes grecs op.60 pour soprano et harpe

Dernier recueil de mélodies de Vierne, c’est aussi le plus serein et le plus ensoleillé. Il faut dire que les vacances que Vierne passe à Menton en cette année 1930 lui redonne une seconde jeunesse. D’ailleurs, l’été suivant, de retour à Menton, il écrira sa sixième symphonie pour orgue, autre musique joyeuse. Il choisit alors de mettre en musique quatre poèmes de la Comtesse Anna de Noailles. Il en ressort des mélodies d’une grande fraîcheur et d’une sérénité heureuse que l’accompagnement gracile et délicat de la harpe ne fait que renforcer. Un peu de passion amoureuse par ici, un peu de nostalgie par là, des offrandes païennes, une nature parfumée, ces poèmes correspondent à merveille à l’atmosphère de ces vacances au bord de mer. Un très beau cycle qui découvre un Vierne qu’on ne soupçonnait pas.

Offrande à Pan. (2’30)

Le Repos. (2’30)

Offrande à Kypris. (4’30)

Chanson pour Avril. (2’00)