L’œuvre pour orchestre
de Louis Vierne

 

Symphonie pour orchestre op.24 en la mineur

Cette symphonie pour orchestre, la seule de Vierne, fut composée entre 1907 et 1908. Vierne est en plein divorce et cette symphonie est le reflet le plus émouvant de cette solitude. Vierne fut en effet très touché par cette « trahison » et l’épigraphe de cette symphonie s’imposait naturellement :

O se peut-il qu’il ait été
Des jours clairs et des nuits d’été ? (Verlaine)

D’une facture très romantique, cette symphonie se place dans la lignée de Franck, Chausson et Dukas. C’était de plus la première fois que Vierne abordait l’orchestre seul. Il se montre très traditionnel dans la forme et l’orchestration tout en réservant le plus original de sa pensée dans l’intensité de l’expression.

Grave. Allegro molto. Une introduction lente assez brève mais d’une poignante profondeur ouvre la symphonie. Le premier mouvement est très classique. Un premier thème héroïque d’allure désespérée s’oppose à un second thème plein d’espoir dans un jeu d’ombres et de lumières, d’appels et de réponses. Une page très réussie, qui se termine en douceur pour enchaîner avec le mouvement lent. (13’00)

Lamento. Adagio molto. Ce mouvement lent est le centre émotionnel de la symphonie. L’épigraphe de Verlaine (extrait de Sagesse, que Vierne portera plus tard en musique dans les Spleens et détresses) donne toute sa noirceur à cette page :

Un grand sommeil noir
Tombe sur ma vie
Dormez tout espoir
Dormez toute envie

L’une des plus belles et des plus émouvantes pages de Vierne, toute en sobriété et profondeur.(11’30)

Scherzo. Animato ma non troppo. Ce scherzo tend à oublier les larmes et le chagrin des deux premiers mouvements. C’est une œuvre totalement enragée où Vierne se libère de ses démons avec un sarcasme qui n’a pas son pareil ailleurs. (6’30)

Final. Allegro moderato. Cette symphonie se termine par un carillon ensoleillé. Une joie à peine contenue et simple se dégage de ce mouvement final, comme si Vierne avait rangé momentanément sa tristesse de côté. Cette page est certes légère mais son côté brillant est idéal pour terminer une symphonie très réussie. (7’30)

Poème pour piano et orchestre op.50 en mi mineur

« Voilà encore une œuvre qui devrait bien tenter les virtuoses ; à l’instar de certaines personnes, elle a « tout pour elle » : beauté des thèmes, ampleur de la construction, distinction instrumentale. » (Gavoty)

Composé en 1925, ce poème pour piano et orchestre est le reflet d’une période heureuse de la vie de Vierne. C’est une œuvre de toute beauté, d’une poésie magique dans la première partie (Andante quasi adagio), d’une énergie proche de Prokofiev dans la seconde partie (Allegro risoluto), d’un lyrisme ample et généreux proche de Rachmaninov dans la troisième partie (Andante quasi adagio), et d’une joie exubérante dans le final (allegro molto). Ces quatre parties s'enchaînent merveilleusement bien et forment un tout d’une grande unité et distinction. Personnellement, c’est une œuvre que j’aime beaucoup et qui vaut largement tel concerto de Saint-Saens ou de Rachmaninov. D’ailleurs, elle fut unanimement saluée par le public et la critique lors de la première exécution en 1926 par les Concerts Lamoureux et José Iturbi, grand défenseur de la musique de Vierne. (22'00)