L’œuvre pour orgue
de Louis Vierne

24 Pièces en style libre op.31 pour orgue ou harmonium

Ces pièces, de taille modeste, sont destinées à être jouées sur un orgue de petites dimensions (« deux claviers pédalier, 18 à 20 jeux ») ou un harmonium de grandes dimensions comme il en existait beaucoup à la fin du siècle dernier. Elles ne comportent pas de pédale obligée (bien qu’esthétiquement et techniquement, le pédalier s’impose souvent).

Composé en 1913, ce recueil contient donc des pièces aux moyens techniques limités mais d’une grande qualité musicale. En effet, Vierne, alors en pleine maturité créatrice (il vient de terminer la troisième symphonie et entame la quatrième l’année suivante), montre là tous ses talents de poète, sachant aller à l’essentiel, c’est à dire au vrai. Et bien que Vierne indique que ces pièces peuvent être jouées pendant l’offertoire, il ressort que ces œuvres, par leur esthétique poétique, sont plus adaptées aux concerts qu'aux cérémonies religieuses. On peut dès lors regretter que nombre de virtuoses leur préfèrent la virtuosité démonstrative des pièces de fantaisie.

Les pièces sont classées par tonalités croissantes d'ut majeur à si mineur (comme dans le Clavier bien tempéré) et divisées en deux livres.

Livre 1

Préambule. Moderato à 12/8 en ut majeur. Belle introduction au recueil, l’œuvre alterne dans un doux climat une belle écriture en imitation et un choral interrogatif. L’ensemble se termine dans une sérénité apaisée. (4’00)

Cortège. Allegro maestoso à 4 /4 en ut mineur. Pièce impériale au rythme fortement marqué. Une basse rythmique répond à des accords interrogatifs scandés à la main droite. La forme est très bien maîtrisée, la conclusion brillante. Un véritable premier mouvement de symphonie en soi, en beaucoup plus restreint naturellement. (3’00)

Complainte. Andante moderato à 3/4 en ré bémol majeur. Pièce d’une simplicité touchante qui évolue dans un doux balancement sur fond doux. A noter un contrepoint très émouvant lors de la reprise du thème en fa mineur. Une belle page. (4’00)

Epitaphe. Lento à 4/4 en ut dièse mineur. « Pur chef-d’œuvre d’émotion et de poésie » (Gavoty). Sublime choral funèbre aux harmonies fauréennes. D’une gravité et d’une justesse d’émotion bouleversante. Véritable adagio pour quatuor à cordes, on entend même un émouvant récit de violoncelle tout en arabesques au milieu. L’œuvre se termine par une strette interrogative et mystérieuse sur la voix céleste. Sans discussion la plus belle pièce du recueil. (6’00)

Prélude. Andante sostenuto à 9/8 en ré majeur. Une jolie et douce mélodie développée librement domine ce prélude très expressif fort bien construit sur des mouvements de vagues. Très agréable à jouer. (3’30)

Canon. Molto moderato à 2/4 en ré mineur. Un canon à trois et quatre voix bien entamé mais un peu répétitif à la longue et où Vierne patauge avant de se rattraper in extremis à la fin. La pièce la moins intéressante du recueil. (2’30)

Méditation. Adagio à 4/4 en mi bémol majeur. Une belle voix céleste et des harmonies langoureuses constituent l’essentiel de cette pièce plus sentimentale que religieuse. (4’30)

Idylle mélancolique. Andantino à 3/4 en mi bémol mineur. Une pièce de salon, mais d’un salon de qualité. Toute la tendresse et la suavité d’une époque. (3’30)

Madrigal. Moderato à 4/4 en mi majeur. Œuvre concise à la mélodie charmante, entièrement construite en imitation parallèle. Le doux chant des amoureux entrelacés. (2’00)

Rêverie. Moderato à 3/4 en mi mineur. Une douce atmosphère, de savoureux retards dans l’harmonie. On se laisse tendrement bercer par cette pièce un brin nonchalante, mais dont on ne saurait se priver. (5’00)

Divertissement. Allegro à 2/4 en fa majeur. Première pièce virtuose du recueil. Un véritable déferlement de doubles croches à la main droite ponctué par des accords à la main gauche. Un petit chef-d’œuvre d’une légèreté tourbillonnante et virevoltante dont Vierne seul avait le secret. À savourer sans modération. (2’30)

Canzone. Andante cantabile à 4/4 en fa mineur. Une mélodie déchirée et douloureuse à la trompette sur un accompagnement ‘pizzicati’ de la pédale et de la main gauche. Une œuvre au chromatisme poignant et implacable. Une grande liberté d’écriture et d’expression se dégage de cette atmosphère étouffante. L’une des pièces les plus originales du recueil. (5’00)

Livre 2

Légende. Andantino moderato à 6/8 en fa dièse majeur. Très belle pièce dont le doux rythme lombard (une croche, une noire) nous berce mystérieusement. Comme une légende... (3’00)

Scherzetto. Scherzando à 3/4 en fa dièse mineur. L’autre scherzo du recueil est d’une espièglerie démoniaque. Chausses trappe et sarcasmes se succèdent à un rythme effréné et délirant, alternant avec une partie centrale plus lyrique mais tout aussi instable. L’œuvre se termine par un trait savoureux et irrésistible. Une pièce géniale que personnellement j’adore jouer. (4’00)

Arabesque. Adagio à 9/4 en sol majeur. L’une des pièces majeures du recueil. Une splendide flûte harmonique à la main droite déroule ses arabesques émouvantes et lancinantes sur un immuable fond d’orgue à la main gauche, l’œuvre se terminant sur une voluptueuse septième majeure. (5’ 30)

Choral. Andante à 6/8 en sol mineur. Pièce sombre et tourmentée où un choral douloureux s’élève progressivement à la recherche de la lumière. La conclusion, dans la tonalité apaisante de sol majeur, s’étire dans un doux climat extatique. (5’30)

Lied. Cantabile à 4/4 en la bémol majeur. Une très belle et noble mélodie est exposée au violoncelle, accompagné d'un doux balancement à la main droite. C’est une véritable pièce de musique de chambre qui se conclut dans une simplicité émouvante. Tout le lyrisme de Vierne se retrouve ici. (5’00)

Marche funèbre. Maestoso à 4/4 en sol dièse mineur. Pièce très longue (plus de dix minutes), cette marche progresse par de grands accords déchirants et douloureux au rythme implacable soutenant une mélodie torturée. La douceur séraphique de la partie centrale (en la bémol majeur) apparaît bien mince au milieu d’un tel chant funèbre à la puissance terrifiante, excessive même. (11’00)

Berceuse (sur les paroles traditionnelles). Andantino à 2/4 en la majeur. Pièce charmante, la plus célèbre du recueil, sur fond de voix céleste. Les harmonies de septième y sont de toute beauté. « Dodo, l’enfant do... »... (4’00)

Pastorale. Allegretto à 6/8 en la mineur. Pièce à rapprocher de la pastorale de la première symphonie, en plus restreint cependant. Un joli récit de hautbois entrecoupé d’arabesques sur jeux de fonds doux. S’écoute et se joue avec un réel plaisir, mais sans plus. (4’30)

Carillon (dit de Longpont). Allegro en 4/4 en si bémol majeur. Pièce majestueuse et puissante, le thème du carillon, d’abord exposé à la basse et accompagné par des accords solennels, passe de voix en voix dans des formules très variées pour se conclure d’une manière très brillante. Cette œuvre splendide et virtuose est un régal à jouer à la fin d’un office ou d’un concert. (4’00)

Elégie. Moderato espressivo à 3/4 en si bémol mineur. La pièce la plus émouvante du recueil construite sur une mélodie très expressive accompagnée par de très beaux accords fauréens. Une œuvre qui me touche tout particulièrement par sa sincérité et sa beauté intense. (4’30)

Epithalame. Adagio sostenuto e molto espressivo à 4/4 en si majeur. Cette pièce nuptiale est d’une harmonie très complexe, laissant apparaître fugitivement derrière un climat très pur des ombres douloureuses. Mais jamais la voix céleste n’a été aussi bien employée. (5’00)

Postlude. Quasi fantasia en si mineur. Après une introduction alternant de grands traits virtuoses et des accords interrogatifs en point d’orgue, la pièce procède comme un grand crescendo vers la lumière. Des figures d’arpèges secouent un thème glorieux jusqu'à l’apothéose finale. Une conclusion énergique au recueil, quoiqu'un peu courte. (4’00)