L’œuvre religieuse
de Louis Vierne

Messe solennelle pour chœurs, cuivres, timbales et deux orgues op.16 en ut dièse mineur

« La Messe de Vierne est, dans l’ordre du triomphal, la digne réplique du Requiem de Fauré. » (Gavoty)

Cette messe, la seule œuvre religieuse de grande ampleur de Vierne, est celle d’un musicien encore jeune qui vient tout juste d’écrire sa première œuvre marquante (sa première symphonie pour orgue) et que l’on va bientôt nommer titulaire des Grandes-Orgues de Notre-Dame de Paris. Cette messe est un véritable chef-d’œuvre du genre. Vierne a en effet réussi à éviter tous les pièges classiques comme le style pompier et vulgaire de la Messe Solennelle de Franck, le style théâtrale d’un Rossini et les extases faciles et sirupeuses qui abondaient à cette époque. C’est vraiment l’un des grands talents de Vierne que de toujours trouver le ton juste ; dans cette œuvre, Vierne se met au service du religieux et non le contraire. De surcroît, la ligne mélodique est très belle et les développements d’une grande qualité musicale. Cette messe est une véritable réussite très intéressante, et le succès qu’elle connaît depuis peu de temps grâce aux disques et aux concerts n’est que justice.

La partition originale comportait une partie d'orchestre, mais Widor conseilla à son jeune protégé de la remplacer par le grand orgue car les orchestres étaient plutôt rares dans les églises. On a ainsi trois plans sonores : le Grand Orgue, les chœurs, et l’orgue de chœur (de petites dimensions) soutenant les chœurs. Les cuivres et les timbales ne sont pas obligatoires et ne font que soutenir de leur puissance le grand orgue. Enfin, on notera dans cette messe l’absence du Credo (pratique courante à l’époque).

Kyrie. La messe débute de manière très solennelle par une introduction imposante sur des accords fortissimos majestueux accompagnés par le rythme implacable des timbales. L’atmosphère devient ensuite plus douce et les chœurs font leur entrée. Un thème plaintif, d’une grande noblesse caractérise le Kyrie qui est repris en force avec les cuivres et les accords de l’introduction. Avec le Christe, on revient à un paysage plus doux, un style fugué s’amorce alors. Les chœurs dialoguent calmement avec l’orgue, le ton devient ensuite presque interrogatif. Une grande progression crée un climat d’attente qui débouche sur le retour puissant et spectaculaire du Kyrie initial. C’est l’un des plus beaux moments de la messe. Une conclusion solennelle et impressionnante achève ce Kyrie d’une manière grandiose. Assurément, l’une de mes pages préférées de Vierne. (6’30)

Gloria. Introduit par le ténor solo, le Gloria éclate en fanfare. C’est une page brillante et conquérante et d’une grande tenue (loin du laisser-aller pompier de Franck dans sa Messe Solennelle). La partie centrale, toute en douceur, est d’une grande intensité religieuse et le grand orgue s’y montre d’une belle richesse expressive. Le tout se conclut par une envolée finale brillamment conduite. (9’30)

Sanctus. Sur un fond d’orgue mouvant, les Sanctus successifs émergent du silence pour éclore avec éclat. Le tout se conclut par un Hosanna glorieux s’élevant irrésistiblement vers le ciel. (2’30)

Benedictus. Un fond doux et mystique à l’orgue d’où s’échappe une mélodie stagnante chantée par les voix de femmes, puis les voix d’hommes, et enfin reprise par les voix de femmes. Chaque phrase est interrompue par de très beaux et mystérieux interludes à l’orgue. Le Hosanna fait ensuite son retour triomphant. (4’00)

Agnus Dei. C’est une page d’une grande douceur, laissant la primauté à la sérénité des chœurs. L’orgue est y très discret mais laisse échapper en interlude deux solos de trompette émouvants et contemplatifs . Une prière très belle, baignant dans une paix céleste et un ut dièse majeur lumineux. (5’30)

« Voilà qui console de bien des faux chefs-d’œuvre ! » (Gavoty)

Motets divers

Tantum ergo op.2 pour chœur et orgue. Page charmante et aux harmonies toutes fauréennes. Un beau sentiment religieux se dégage de cette polyphonie simple, mais efficace et solide, avec quelques belles dissonances. (2’30)

Ave Maria op.3 pour chœur et orgue. Autre motet de prime jeunesse, cet Ave Maria est une œuvre mineure, certes, mais très bien écrite. Elle crée un beau climat serein et lumineux sur un accompagnement de l'orgue léger et délicat. (2’00)

Ave Verum op.15 pour ténor et orgue. Ce motet est de plus grande valeur, même si l’influence de Franck est évidente dans cette page émouvante d’une sobriété poignante. (5’00)